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Un passionné d’anime et de manga brandit le drapeau japonais sur son campus : des étudiants réclament son renvoi

Posted on octobre 27, 2026 By admin_kappanime

Le drapeau japonais peut-il être porté sur un campus sans provoquer une crise politique ? À l’université d’État de Moscou, des étudiants chinois ont demandé le renvoi d’un camarade après l’avoir vu brandir le drapeau du Soleil levant, selon le quotidien chinois Global Times. L’incident a ravivé une question sensible : comment apprécier les anime et les mangas japonais tout en tenant compte d’une histoire toujours douloureuse ?

Je vois ici deux passions qui se croisent sans toujours se comprendre : celle des œuvres populaires japonaises et celle d’une mémoire historique encore vive. Pour certains étudiants, le drapeau dépasse largement l’objet de collection ou l’accessoire de cosplay. Pour d’autres, l’attachement aux séries ne signifie pas qu’ils approuvent le passé ou les choix politiques du Japon. La frontière, elle, ne se trace pas toujours au même endroit — et c’est précisément ce qui rend cette affaire si révélatrice.

Repère Ce qu’il faut retenir
L’incident Des étudiants chinois signalent un camarade qui brandit le drapeau du Soleil levant sur le campus.
Le symbole Il reste associé au militarisme japonais et aux agressions commises pendant la Seconde Guerre mondiale.
La passion des anime Elle demeure forte en Chine, mais ne met pas les polémiques historiques à l’abri des débats.
Le débat de fond Les relations entre la Chine et le Japon influencent aussi les événements culturels et les choix de consommation.

Drapeau japonais sur un campus : pourquoi l’incident suscite la colère

Le drapeau du Soleil levant n’est pas simplement une variante décorative du drapeau national japonais. Ses rayons rouges le rattachent à l’expansion militaire du Japon et aux violences commises dans plusieurs pays d’Asie pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est encore utilisé aujourd’hui par les Forces d’autodéfense japonaises, ce qui nourrit des interprétations différentes selon les contextes.

Après l’incident, des internautes ont condamné l’étudiant et salué le signalement de ses camarades. Des commentaires publiés sous des messages du People’s Daily et du compte militaire Jun Zhengping ont notamment dénoncé son geste comme une honte pour les Chinois. Sur les réseaux sociaux, un symbole peut ainsi devenir un procès public en quelques heures — sans que le contexte personnel de celui qui le brandit soit vraiment connu.

Il faut donc distinguer le geste, sa signification historique et l’intention de l’étudiant, que les informations disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude. Cette distinction n’efface pas la mémoire des victimes ; elle évite simplement de confondre automatiquement passion pour le Japon et adhésion à son passé militariste.

Un symbole historique qui ne se confond pas avec le drapeau national

Le drapeau national japonais représente un disque rouge sur fond blanc. Le Soleil levant, lui, reprend ce motif en y ajoutant des rayons. La nuance visuelle paraît minime à qui ne connaît pas son histoire ; politiquement, elle ne l’est pas.

Cette charge symbolique explique pourquoi le même objet peut être perçu comme un accessoire banal dans un univers de fiction et comme une provocation dans un espace public. Dans un contexte de mémoire conflictuelle, l’intention individuelle ne suffit pas toujours à neutraliser la portée collective du signe.

La popularité des anime japonais en Chine n’efface pas les tensions

Les dessins animés japonais sont diffusés en Chine depuis les années 1980. Un rapport du cabinet iResearch estimait en 2018 que le pays comptait plus de 200 millions d’utilisateurs d’anime en ligne ; parmi 803 amateurs interrogés, près de 80 % déclaraient préférer l’animation japonaise. Ces chiffres sont anciens, mais ils donnent une idée de l’ampleur prise par cette passion.

Lucy Huang, 24 ans, suit des séries japonaises depuis l’école primaire et a regardé plus de 200 anime. Elle distingue toutefois les univers idéalisés des œuvres de la réalité historique : à ses yeux, le Japon montré à l’écran ressemble souvent davantage à une utopie qu’au pays réel. Elle juge ainsi qu’un Chinois qui arbore le drapeau du Soleil levant franchit une limite que sa passion pour les mangas ne saurait justifier.

Ce contraste n’a rien d’exceptionnel dans l’histoire du manga, dont les échanges culturels dépassent depuis longtemps les frontières nationales. Je reviens sur ces influences croisées dans cet article consacré à l’origine du manga entre le Japon et l’Occident.

Les polémiques autour de My Hero Academia et de ses partenariats

En 2020, My Hero Academia avait déjà été retiré de plateformes chinoises après une controverse liée au nom d’un personnage, associé par des internautes à l’unité 731, responsable d’expériences sur des êtres humains durant la guerre. La série a de nouveau suscité des réactions négatives lors d’une collaboration avec WEGO, une marque japonaise de mode et de produits dérivés.

Lillian Liu, étudiante dans la province du Fujian et admiratrice d’anime depuis l’enfance, a décidé de boycotter ce partenariat. Elle avait auparavant acheté trois sacs transparents de la marque et dépensait jusqu’à 20 000 yuans par an, soit environ 2 550 euros, pour des produits de culture populaire japonaise. Après la polémique, elle a choisi de ne plus y faire ses achats.

La filiale chinoise de WEGO a présenté ses excuses et indiqué que la maison mère avait annulé la collaboration ainsi que ses publications promotionnelles. Le cas montre que les consommateurs ne séparent pas toujours l’œuvre, la marque et le contexte politique : un achat peut devenir une prise de position, parfois plus vite qu’un communiqué ne peut l’expliquer.

Quand les tensions sino-japonaises atteignent les conventions d’anime

Yuki, une fan de 24 ans qui préfère ne pas révéler son nom de famille, estime que les anime ont aidé certains jeunes Chinois à ne pas réduire tous les Japonais à une image négative. Pourtant, elle a cessé de suivre My Hero Academia après la controverse de 2020. Pour elle, la culture n’est pas séparée de la politique dès lors qu’une œuvre touche à la mémoire historique.

Les conventions ne sont pas davantage isolées des événements internationaux. Yuki raconte qu’un organisateur a retiré des stands liés au Japon après des déclarations de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi sur Taïwan. En novembre 2025, celle-ci avait évoqué devant le Parlement la possibilité qu’une crise autour de l’île entraîne le déploiement des Forces d’autodéfense japonaises, provoquant de vives critiques en Chine.

Pékin considère Taïwan comme une partie de la Chine et n’exclut pas le recours à la force pour parvenir à la réunification. Le Japon et les États-Unis ne reconnaissent pas l’île comme un État indépendant, tandis que Washington s’oppose à une prise de contrôle par la force et lui fournit des armes. Dans ce climat, une convention de cosplay peut elle aussi devenir le reflet de désaccords bien plus vastes.

Ce mécanisme n’est pas propre à la Chine. Dans d’autres pays, des symboles issus de mangas sont devenus des signes de contestation, comme le raconte cet article sur les drapeaux de One Piece brandis en Indonésie. Le même imaginaire peut divertir, rassembler ou protester ; tout dépend du lieu et du moment.

Une histoire commune qui pèse encore sur les relations entre la Chine et le Japon

La Chine et le Japon entretiennent des échanges depuis plus d’un millénaire. Sous la dynastie Tang, des émissaires japonais se rendaient en Chine pour étudier notamment l’écriture, le bouddhisme, les institutions et l’organisation des villes. Ces contacts ont contribué à façonner la culture japonaise, bien avant l’essor de l’industrie moderne du manga.

Le rapport de force change à la fin du XIXe siècle, lorsque le Japon se modernise et étend son influence militaire. Vaincue lors de la première guerre sino-japonaise, en 1894-1895, la dynastie Qing doit notamment céder Taïwan. Après la capitulation japonaise de 1945, les relations reprennent progressivement ; leur normalisation diplomatique officielle intervient en 1972.

Les périodes de rapprochement alternent depuis avec des tensions liées au passé et aux différends territoriaux. Orna Naftali, spécialiste des études asiatiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, souligne que la perception d’un pays ne vient pas seulement des manuels scolaires : les récits familiaux, les cérémonies, les enseignants et les échanges personnels contribuent aussi à la façon dont les jeunes se le représentent.

  • La mémoire familiale peut transmettre des souvenirs de guerre et influencer le regard porté sur le Japon.
  • Les rencontres directes avec des Japonais peuvent nuancer les représentations générales d’un pays.
  • Les discours politiques et médiatiques peuvent raviver l’hostilité lorsque survient une crise diplomatique.
  • Les œuvres culturelles offrent parfois un terrain de curiosité, sans faire disparaître les désaccords historiques.

Cette pluralité compte : les jeunes Chinois ne partagent pas tous la même vision du Japon, même lorsque les tensions politiques alimentent les discours nationalistes. Une passion culturelle peut ouvrir une porte, mais elle ne réécrit pas l’histoire à elle seule.

Les échanges entre jeunes peuvent-ils rapprocher les deux pays ?

Malgré les controverses, les jeunes Chinois et Japonais continuent de découvrir les œuvres de leurs voisins. Shin Kawashima, professeur de relations internationales à l’Université de Tokyo, estime que les contacts entre les nouvelles générations pourraient, à long terme, contribuer à faire évoluer les relations bilatérales.

Il reste toutefois prudent : les échanges officiels sont limités et la politique pèse de plus en plus sur l’économie comme sur la vie sociale. Sans occasions concrètes de se rencontrer, la curiosité suscitée par les anime risque de rester une ouverture fragile plutôt qu’un véritable dialogue.

Au fond, l’incident du campus rappelle qu’un anime peut être un espace d’évasion, mais qu’aucune œuvre ne vit entièrement hors de son époque. La passion pour les mangas japonais et le débat autour du drapeau du Soleil levant resteront liés tant que la mémoire historique et les tensions entre les deux pays continueront de peser sur les symboles.

Pourquoi le drapeau du Soleil levant est-il controversé en Chine ?

Il est associé à l’expansion militaire japonaise et aux violences commises pendant la Seconde Guerre mondiale. Son usage actuel par les Forces d’autodéfense japonaises ne fait pas disparaître cette charge historique pour de nombreux Chinois.

Le drapeau du Soleil levant est-il le drapeau national du Japon ?

Non. Le drapeau national japonais présente un disque rouge sur fond blanc. Le drapeau du Soleil levant ajoute des rayons rouges et possède une histoire et une signification distinctes.

Les anime japonais sont-ils populaires en Chine ?

Oui. Leur diffusion y remonte aux années 1980. Un rapport d’iResearch publié en 2018 estimait à plus de 200 millions le nombre d’utilisateurs d’anime en ligne en Chine.

Pourquoi une polémique politique peut-elle toucher une convention d’anime ?

Les organisateurs, les marques et les participants peuvent réagir aux tensions entre les deux pays, notamment en retirant des stands ou des partenariats. Les événements culturels ne sont donc pas toujours à l’écart du contexte politique.

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